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Avant de collaborer, commençons par bien organiser les informations publiques

Lorsque l’on prépare des documents de collaboration, le plus embarrassant n’est souvent pas de ne rien trouver, mais de ne pas oser utiliser ce que l’on a trouvé. Une liste d’une page mentionne une organisation, un projet A et plusieurs titres : l’information semble abondante, mais au moment de l’in

limites de conformitéliste de faitsinformations publiques

Lorsqu’on prépare des documents de collaboration, le plus embarrassant n’est souvent pas de ne rien trouver, mais de ne pas oser écrire ce que l’on a trouvé. La liste remplit une page : tel organisme, le projet A, plusieurs titres ; l’information semble abondante, mais au moment de l’intégrer à un document officiel, chaque ligne fait hésiter : d’où vient cette phrase ? Si on me pose la question, avec quoi vais-je répondre ? Après plusieurs hésitations, il ne reste plus que le titre sur la page.

Le problème ne tient généralement pas à un manque de recherches, mais à la méthode d’organisation. Cet article détaille un ensemble d’habitudes d’organisation applicables aux sources publiques, avec une idée centrale en une phrase : tout ce qui doit être rédigé dans un document officiel doit pouvoir être retracé.

01 Quatre étapes : périmètre, recherche séparée, recoupement, doute

▲ Figure 1|De la définition du périmètre au signalement des doutes, les quatre étapes produisent une liste de faits vérifiables, et non une conclusion évaluative

Avant de commencer, définissez le périmètre : quels éléments faut-il vérifier cette fois ? La chronologie des organismes et des fonctions, les projets publics auxquels la personne a participé, ou les réalisations consultables publiquement ? Sans périmètre défini, la recherche se disperse : on consulte beaucoup de choses sans qu’aucun champ ne soit complet.

Ensuite, menez les recherches séparément selon trois axes : la personne, l’organisme, le projet. À chaque recherche, notez une source pour chaque élément, en précisant la page ou l’entrée. La troisième étape consiste à recouper : un même fait doit être confirmé par au moins deux sources ; les informations issues d’une source unique sont signalées à part, sans être utilisées prématurément comme conclusion. Les parties qui ne concordent pas sont regroupées sur une page distincte et marquées comme douteuses ; on ne choisit pas arbitrairement une version et on ne tranche pas.

Le résultat de toute la chaîne est une liste de faits, pas une évaluation d’une personne.Ce sont deux choses totalement différentes : chaque élément de la première peut être renvoyé à une source publique, ce que la seconde ne permet pas.

02 Ce qui peut figurer dans un dossier et ce qui ne le peut pas

▲ Figure 2|Les champs du dossier se divisent en trois niveaux : ceux que l’on peut inclure, ceux à inclure avec prudence et ceux à ne pas inclure ; les limites doivent être définies à l’avance

Le degré d’utilisabilité d’un dossier dépend en grande partie de ce qu’il exclut.

Peuvent figurer dans le dossier les éléments dont chaque entrée peut être retracée jusqu’à une source publique : la chronologie publique des changements d’organisme et de fonction, les projets publics auxquels la personne a participé, les réalisations consultables publiquement. Les éléments à inclure avec prudence sont ceux qui existent en plusieurs versions, par exemple les notices homonymes, les projets dont l’orthographe du nom varie, les pages publiques mises à jour tardivement ; ces contenus doivent être listés côte à côte avec mention de leur source, sans arbitrage.

Les trois catégories à ne pas inclure doivent être formulées de manière très ferme : les informations obtenues par des canaux non publics n’entrent pas dans le dossier, les rapports non vérifiés n’y entrent pas, les contenus touchant à la vie privée n’y entrent pas.Ces trois règles ne sont pas des suggestions, mais la ligne rouge de ce type de document. Une fois les limites clairement établies, le dossier peut être utilisé sans crainte : l’utilisateur n’a pas à deviner quelles entrées sont propres.

03 « Je sais » et « je peux prouver comment je le sais »

▲ Figure 3|La différence entre une vérification orale et une vérification documentée : la première repose sur des propos rapportés, la seconde sur des sources traçables

C’est la distinction la plus cruciale de tout l’article. « Je sais quelque chose » et « je peux prouver comment je le sais » sont deux choses différentes.

Les informations obtenues en posant des questions oralement ont pour source « un ami m’a dit » ; leur traçabilité devient floue au bout d’un certain temps, et si une autre personne pose la question, le résultat peut différer. Cela ne relève pas de la vérification, mais de la simple prise de renseignements. La vérification documentée est différente : chaque entrée indique une source publique, il est possible de revenir à tout moment à la page d’origine, et toute personne suivant le même chemin obtient le même résultat. La valeur de la première se dégrade avec le temps ; celle de la seconde reste stable.

Un phénomène souvent évoqué dans les débats universitaires sur la reproductibilité est similaire : même lorsque les données et les méthodes sont publiques, une proportion considérable d’études reste difficile à reproduire avec exactitude ; beaucoup de documents publics sont déposés sans documentation sur les libellés ni sur le traitement des données, ce qui rend très difficile pour une personne chargée de reproduire l’ensemble du processus. La conclusion elle-même peut être juste, mais si le processus ne peut pas être retracé, elle aura du mal à être prise au sérieux. Les documents de due diligence font face à des questions plus directes encore, de sorte que l’exigence de traçabilité ne peut qu’être plus élevée.

▲ Figure 4|Chaque fait passe par trois questions : la source peut-elle pointer vers une page précise ? existe-t-il deux sources ? la source elle-même relève-t-elle du périmètre public ?

Dans l’auto-vérification, chaque fait passe par trois questions : la source peut-elle pointer vers une page précise ? le même fait est-il confirmé par une deuxième source ? la source elle-même se situe-t-elle dans le périmètre public ? Si l’une de ces trois questions reste sans réponse, cette entrée doit soit être marquée comme douteuse, soit être directement écartée : si la source est un canal non public, elle n’est pas inscrite dans le dossier, sans exception.

04 De zéro à une liste exploitable

▲ Figure 5|Structure indicative d’une liste de faits : les points qui ne concordent pas figurent dans une colonne distincte, qui indique où l’on ne peut pas encore trancher

Concrètement, l’ordre est à peu près le suivant.

Définissez d’abord ce qu’il faut vérifier. Ne vous précipitez pas sur la recherche de la personne : écrivez d’abord les champs nécessaires cette fois : organisme et fonction, projets auxquels la personne a participé, réalisations, distinction des homonymes. Une fois la liste des champs clairement établie, la recherche a un cadre. La structure de dossier de MuchSci est également organisée selon cette logique : les champs d’abord, la recherche ensuite.

Recherchez séparément par champ. Procédez point par point et notez la source au passage, pour éviter de modifier le périmètre en cours de recherche : la dérive du périmètre est le mode de défaillance le plus fréquent dans ce type d’organisation.

Conservez une source pour chaque entrée. Notez-la au moment de la recherche, ne comptez pas sur un ajout ultérieur. Les sources ajoutées après coup sont le plus souvent incomplètes.

Une colonne distincte pour les doutes. Les entrées qui ne concordent pas, dont le numéro manque ou dont l’orthographe est incohérente ne sont pas supprimées : elles sont signalées telles quelles. Dans une liste, la colonne « points qui ne concordent pas » a souvent plus de valeur que la colonne « vérifié et concordant » : elle indique où l’on ne peut pas encore trancher.


▲ Figure 6|Les quatre étapes terminées : définir les champs, rechercher séparément, conserver les sources, signaler les doutes

Dans ce processus, MuchSci assure le regroupement et la recherche : archiver par champ les documents publics dispersés, rattacher la source de chaque entrée au texte d’origine, afin que la liste permette de localiser chaque élément lorsqu’on vous interroge. Ce qu’il faut rechercher et comment en juger reste de votre décision.

05 Limites

① Cet article porte sur des méthodes d’organisation de sources publiques et ne constitue aucun engagement quant aux résultats d’une due diligence. Aussi rigoureuse que soit l’organisation, elle ne garantit pas l’exhaustivité, encore moins le résultat de la collaboration elle-même.

② Cet article ne vise ni n’évalue aucune personne ou institution réelle. La structure de liste et les exemples présentés sont indicatifs ; ils ne constituent pas une conclusion d’enquête sur une personne et n’impliquent aucune caution envers qui que ce soit.

③ Toutes les opérations s’effectuent uniquement dans le périmètre des sources publiques. Les informations issues de canaux non publics, les propos rapportés non vérifiés et les contenus touchant à la vie privée ne sont en aucun cas inclus dans le périmètre de l’organisation ; lorsque les documents sont destinés à un usage officiel, les règles en vigueur de l’institution concernée et des parties prenantes doivent prévaloir.

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